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le transfert a la vie quotidienne#1 faire alliance

Bonne année 2020! Nous voilà avec une sacrée bonne résolution: réussir le transfert et le maintien « dans la vraie vie » de ce qui est travaillé en séance!

En suivant le fil des réflexions de E.G. Conture, nous pouvons observer selon lui dans nos cabinets 4 types de personnes :

  • Les rêveuses et les rêveurs, qui sont très motivé.e.s sur le moment mais une fois revenus dans la « vraie vie » oublient de faire les exercices ou d’utiliser les techniques
  • Les insatisfait.e.s, qui voient le verre vide et ne croient qu’à moitié ce qu’on leur dit
  • Les satisfait.e.s, qui sont contents comme ça, c’est notamment le cas des enfants entre 6 et 12-13 ans
  • Les prêt.e.s à changer, qui sont pile au bon endroit, au bon moment, avec l’orthophoniste qui leur convient

Mais revenons au tout début du chemin…Telle Mme Jourdain qui faisait de l’alliance thérapeutique sans le savoir, j’ai seulement récemment commencé à observer mes pratiques. J’ai pu constater que le premier pas qui crée l’alliance est le fait de nommer précisément le problème.

Les parents d’un enfant qui bégaient arrivent souvent chargés d’inquiétudes et de confusion. L’enfant lui-même sent plus qu’il ne sait ce qui se passe. Me voilà donc dès les premiers échanges à énoncer « ce que tu fais ça s’appelle bégayer, tes mots sont au feu rouge, ils font quelquefois des bosses ». Si de surcroît j’imite « les bosses » je vois les yeux s’éclairer (« toi aussi tu sais le faire ! »), hochement de tête, soulagement.

Les adolescents qui bredouillent, amenés là par leurs parents excédés et/ou désemparés ont ce brusque sursaut à l’écoute de leur parole. Théo dit ainsi, effaré « moi dans ma tête je parle normalement, je me rendais pas compte que je parlais si vite ! ». Là encore, nommer cette parole mâchée, l’appeler de son nom « bredouillement » est un soulagement. Cela permet aussi de faire le tri des responsabilités « non elle ne fait pas exprès de marmonner pour vous embêter », « avec un système moteur en plein bouleversement, il produit une parole au-delà de ses limites, et notre « vieux » cerveau d’adultes n’est pas câblé pour écouter confortablement 8,9,10 syllabes par seconde ». Dans cette démarche de constat et d’observation, les outils 2.0 d’enregistrement sont une aide précieuse…  « enfin une façon intelligente d’utiliser les écrans » me direz vous ! Se regarder et s’entendre parler vraiment sont une base indispensable au travail.

Cette démarche est particulièrement nécessaire avec les « satisfait.e.s » dont parle Conture. Avec eux, constater, observer, objectiver la difficulté de l’interlocuteur pour les comprendre est indispensable. Il ne s’agit pas ici de « faire prendre conscience », cela peut vite devenir un brin maltraitant. Il s’agit davantage d’observer ensemble et de voir si chaque interlocuteur est satisfait de la situation de communication. lors de suivis pour du bredouillement je demande donc suite au bilan de remplir une grille très simple (1 case par jour) en notant le nombre de demandes de répétition durant une semaine. Nous discutons ensuite du chiffre obtenu. Cela permet de décider si on est prêt.e.s à commencer la route ou si on reporte à plus tard.

Une fois les disfluences nommées, leurs effets détaillés, nous décidons ensemble de ce qu’il y a à faire, et en combien de temps. Nous convenons aussi des objectifs et des moyens de constater s’ils sont atteints…mais c’est une autre histoire.

Dans le prochain post nous remonterons à la source: comment trouver la motivation à changer.

Et vous, avant même de penser « bonnes résolutions », qu’observez-vous en ce début d’année ?