actualités de la recherche clinique en bégaiement et bredouillement
recherche sur les liens entre bégaiements, tempérament et intégration sensorielle
En pratique clinique comme dans la recherche, la co-existence de troubles associés au bégaiement est très fréquente : Blood (2003) estime qu’environ 35% des enfants qui bégaient présentent un trouble du langage associé. De plus, certains d’entre eux ont des comportements évoquant des hyper ou des hypo-sensibilités. Selon J. Ayres et W. Dunn, ces attitudes pourraient être dues à des difficultés d’intégration sensorielle. Par exemple, si un enfant présente une hypersensibilité orale, on peut imaginer que lorsqu’il-elle bégaye, les sensations orales désagréables puissent l’amener à lutter ou éviter pour ne plus ressentir ces sensations. Dans ses recherches sur le tempérament, K. Eggers a montré que les enfants qui bégaient en tant que groupe ont une plus forte réactivité aux événements et ont plus de problèmes d’auto-régulation (=capacité du système à revenir rapidement à un état de calme) que les enfants tout-venants.
Une étude préliminaire de J. Communal (Bordeaux 2022) qui a utilisé le questionnaire du « Profil Sensoriel » de Dunn (PSD) auprès de 14 enfants qui bégaient âgés de 4 à 7 ans, sans troubles associés, a conclu que « les principaux résultats […] suggèrent que les enfants qui bégaient de l’étude ont plus de différences sensorielles, particulièrement dans le traitement de l’information sensorielle ».
Des études plus approfondies étant nécessaires pour explorer cette hypothèse nous avons utilisé le PSD auprès d’enfants qui bégaient avec troubles du langage associés, et d’enfants avec trouble développemental du langage oral sans bégaiement. Nous avons aussi souhaité comparer les résultats du PSD avec les données du QCE (« Questionnaire de Comportement de l’Enfant », de Rothbart) car ce questionnaire a été utilisé par K. Eggers dans ses études sur le tempérament de l’enfant.
Marguerite Boyer (Lyon, 2023) a effectué la passation des deux questionnaires auprès d’une population d’enfants de moins de 7 ans, présentant un bégaiement isolé ou associé à une pathologie du langage oral et des enfants présentant un trouble du langage sans bégaiement. Les cohortes de l’étude préliminaire et de l’étude de 2022-2023 ont été rassemblées, parvenant à un effectif de 30 enfants.
Nos hypothèses étaient :
- Les enfants qui bégaient, en tant que groupe, ont des difficultés significatives d’intégration sensorielle par rapport à des enfants tout venants
- Les enfants qui bégaient présentant un trouble développemental du langage ont plus de troubles de l’intégration sensorielle que les enfants qui bégaient sans troubles associés
- Les enfants qui bégaient en tant que groupe ont des différences significatives de tempérament par rapport à des enfants tout-venants
- Dans les deux groupes (enfants qui bégaient et enfants ne présentant pas de bégaiement) il existe une corrélation entre les troubles de l’intégration sensorielle et le tempérament
Les conclusions de ce travail sont :
« La présente étude encourage à continuer les investigations pour enrichir la recherche en orthophonie dans ces différents domaines. Elle soutient également les liens possibles entre l’intégration sensorielle et le tempérament ainsi que l’intérêt d’utiliser conjointement les questionnaires de Dunn et Rothbart pour la recherche et la pratique clinique. »
Le projet est reconduit pour l’année 2023-2024, avec une étudiante de Poitiers, Maelle Roué. Nous recherchons des orthophonistes volontaires pour participer à cette étude et nous aider à recruter des participants :
- Enfants de moins de 7 ans
- Bégaiement depuis plus de 3 mois sans trouble associé
- Trouble du langage oral diagnostiqué, sans condition biomédicale associée, avec ou sans bégaiement
Pour nous joindre :
Christine.tournierbadre@yahoo.fr
clementaunis.ortho@gmail.com
Consulter le mémoire de Julie Communal
Consulter le mémoire de Marguerite Boyer
Article de blog « L’ortho en plus claire »